Do It Yourself/Pellicules

Développer son premier film noir et blanc

Aujourd’hui, presque dernier jour de l’année, j’ai enfin essayé de développer moi-même et pour la première fois une pellicule négative noir et blanc à la maison! Et je vous montre comment. Rassurez-vous tout de suite: ça a fonctionné et mes photos de Noël n’ont pas disparu dans la cuve de développement.😀

DSC_0007Pour ce tutoriel DIY je suis allée chercher quelques infos sur internet, j’ai consulté l’excellent article de Dans Ta Cuve! et j’ai lu avec attention le livre « Le manuel de la photographie argentique » de Danny Dulieu chez Pearson. Les pellicules négatives noir et blanc sont les plus simples à développer. Par développement, on parle du traitement de la pellicule pour fixer l’image sur les négatifs et ainsi pouvoir soit les scanner, soit les tirer sur papier. Maintenant débriefing!

noël

1 – Le matériel dont vous avez besoin

Pour commencer vous aurez besoin de quelques éléments un peu spécifiques et d’autres que vous avez peut-être déjà chez vous. De mon côté, comme je partais à l’aveugle, et que j’avais peur d’acheter n’importe quoi, j’ai fait confiance au site : 35mm-compact et j’ai commandé un starter kit pour développer des pellicules 35 mm.

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En gros, il contient le plus important : plusieurs pellicules noir et blanc classiques (Kodak 400 Tmax, 400 TX …), LA cuve paterson, un thermomètre et les 4 solutions chimiques importantes : révélateur, bain d’arrêt pour stopper le processus de révélation, fixateur et agent de mouillage.

cuve de développement

cuve de développement

La cuve paterson ou cuve de développement est une cuve qui est complètement étanche à la lumière mais dans laquelle on peut verser les solutions chimiques. Elle permet donc d’effectuer les différents traitements de la pellicule et cela en travaillant à la lumière. Elle contient le film qui est placé préalablement dans une spire (opération cette fois effectuée dans le noir). Les différentes solutions (révélateur, arrêt, fixateur) sont introduites dans la cuve les unes après les autres après un certain temps d’agitation qui dépend du film et de la solution chimique (Ilford, Agfa, …). Pour connaître les dilutions à effectuer et les temps de traitements : référez vous aux indications inscrites sur les bouteilles de produits et sur les emballages de pellicules noir et blanc.

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Spires contenant deux films 135

Pour vous servir de la cuve, vous aurez bien-sûr besoin d’un film exposé avec des photos, d’une pièce complètement obscure (ni fenêtre, ni liseré de lumière sous une porte) ou bien d’un manchon de chargement qui vous permettra de placer le film de votre pellicule dans la spire. Ensuite il suffira de la refermer et de rajouter les différentes solutions cette fois-ci à la lumière.

Bidon accordéon contenant les solutions

Bidon accordéon contenant les solutions

Les solutions chimiques que vous aurez achetées doivent être diluées dans des proportions précises. Vous verrez certainement les notations : 1 + 10 ou 1+5. Cela signifie que pour une quantité de produit concentré, vous devrez ajouter 5 fois la même quantité en eau. Par exemple pour 50 ml de produit auquel vous ajoutez 4X50 = 200 ml d’eau, correspond la notation 1 + 4. Vous aurez donc besoin d’être assez précis dans vos dilutions (d’où l’utilisation de verres doseurs) et d’avoir des bidons étanches à la lumière de minimum 1L. Vous pourrez ainsi préparer vos solutions. Pour ma part, j’ai choisi d’acheter des « bidons accordéons » d’1 L qui coûtent 6 euros chacun. Je les ai trouvés dans le magasin Cirque Photo du boulevard Beaumarchais à Paris.

Contrôle de la température

Contrôle de la température

solution de révélateur au bain marie dans mon évier

solution de révélateur au bain marie dans mon évier

Le thermomètre est archi important! Les différents traitements du film doivent être effectués à une température précise en général de 20°C. Vous devrez donc contrôler la température des solutions. Si la température est de 19°C ou 21°C pas de problème. Si par contre vous êtes en dessous de 18°C, vous pouvez remplir votre évier d’eau très chaude, vous en servir comme bain-marie et laisser la température remonter un peu.

Maintenant comment va-t-on faire pour sortir le film de sa cassette et l’introduire dans la spire et tout ça dans le noir? Je vous conseille de ne pas rembobiner votre film jusqu’au bout. En gardant un tout petit peu de film sorti, vous n’aurez pas besoin ni de décapsuleur pour sortir le film, ni d’extracteur d’amorce. Pour la suite, c’est plus loin!

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Matériel de développement

Petite parenthèse : l’agent de mouillage permet de ne pas laisser de traces de gouttes d’eau séchées sur le négatif. Quelques gouttes de liquide vaisselle dans un litre d’eau auront le même effet. La société Rollei propose aussi un produit Rapidry qui dispense d’agent de mouillage. La solution contient de l’alcool et une substance antistatique en 5 min, c’est sec!

2- Préparer les solutions

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Maintenant que vous avez tout votre matériel, il va d’abord falloir préparer toutes les solutions de produits chimiques. En les préparant à l’avance vous pourrez contrôler ensuite leurs températures pendant que vous vous occuperez de la cuve de développement. Vous trouverez sur le marché et à bas coût des révélateurs différents : Kodak D76, Ilford ID 11, Agfa Rodinal, Ilford Microphen… Si vous commencez, vous ne saurez pas trop quoi choisir, j’imagine. Avec l’expérience et avec certains livres que vous aurez consultés, vous pourrez affiner vos résultats. Quelques exemples dans la photo ci-dessous avec les films Ilford. Je n’avais aucun point de repère alors j’ai fait confiance au starter kit!

Manuel de la photographie argentique de Danny Dulieu

Manuel de la photographie argentique de Danny Dulieu

Dans mon starter kit, j’avais un révélateur FOMADON LQN, un bain d’arrêt FORMACITRO, un fixateur en poudre FOMAFIX P, et un agent mouillant FOTONAL. J’ai commencé par préparer ma solution de fixateur avec mon sachet de poudre à dissoudre dans l’eau. Les deux sachets plus un litre d’eau : rien de plus simple. Comme il restait quelques grains de solide non dissous, j’ai préparé un bain marie un peu chaud dans mon évier pour aider la dissolution et j’ai bien agité. J’ai noté mes bidons avec des lettres : R, S, F… pour ne pas les mélanger sinon c’est la catastrophe!

DSC_0013Pour les autres solutions à diluer, il suffit d’appliquer les indications sur les notices : dilution de 1 + 10 pour le révélateur, et de 1 + 19 pour le bain d’arrêt. Quand à l’agent mouillant, pas besoin de le préparer dans un bidon accordéon, il ne craint pas la lumière. Une bouteille d’eau vide et le tour est joué.

Vous avez vos différentes solutions? Vous avez vérifié les températures? On est tout bon!🙂

Si vous êtes connaisseur en sciences et que vous avez accès à certains produits chimiques de base, vous pouvez même faire vous même votre révélateur!

Formule chimique pour le révélateur Ilford Microphen

Formule chimique pour le révélateur Ilford Microphen

3- Chargement de la pellicule sur la spire de la cuve

C’est peut-être bien ce qui a de plus délicat dans le développement de la pellicule! Cette étape devra s’effectuer dans le noir! Vous allez devoir charger la spire avec votre film, la placer ensuite dans la cuve et la refermer soigneusement avant de pouvoir rallumer la lumière. Ce que je vous conseille c’est de prendre un négatif déjà developpé de vous entraîner à mettre ce négatif dans la spire. Si vous avez déjà dû mal à effectuer cette étape à la lumière attendez de bien comprendre et d’être à l’aise avant de charger dans le noir avec une vraie pellicule à développer. Introduisez d’abord un peu le film, puis faites pivoter une des deux spires, le film va avancer dans la spire. Vous êtes pret? Il va maintenant falloir faire ça dans le noir!

D’abord, préparer votre pellicule en coupant l’arrondi du film.

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Commencez (à la lumière) à introduire le film dans la spire (photo ci-dessous), mais n’avancez pas trop car vous risquez de perdre des photos. Maintenant éteignez la lumière et finissez d’avancer le film à l’aveugle. Une fois que tout le film sera dans la spire, coupez le pour le libérer de la cassette avec des ciseaux. Remettez la spire dans la cuve autour de son axe (ne l’oubliez pas sinon ce n’est plus étanche!), refermez, c’est tout bon! Rallumez!

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4- Contrôler température et temps

Ouf! Maintenant vous pouvez respirer et vous détendre! Regardez bien les temps de développement selon le film que vous avez choisi et votre révélateur. Si vous avez un doute, qu’il n’y a aucune indication sur l’emballage de votre film, pas de panique, allez faire un tour sur http://www.digitaltruth.com/devchart.php . Sélectionnez votre révélateur et votre film. Voici le résultat pour ma recherche :

Kodak TMax 400 et Fomadon LQN

Kodak TMax 400 et Fomadon LQN

Il me faudra donc laisser mon révélateur 12 min dans la cuve. J’ai pris la température de mes différentes solutions : 20°C partout c’est bon. Mon chronomètre est prêt à être déclenché pour 12 min.

5- C’est parti

1- pré-mouillage

Versez de l’eau dans la cuve et agitez la environ 30 secondes. Laissez reposer pendant une minute. Le pré-mouillage n’a pas d’effet chimique. Il sert juste à enlever une couche de protection sur le film et permet d’éviter les bulles d’air avec le révélateur. Videz la cuve. Dans mon cas, l’eau était bien rose.

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2- le révélateur

Vérifiez la température du révélateur puis ajoutez le en déclenchant le chrono. Si vous ne savez pas quel volume ajouter, refermez la cuve et retournez la. Au dos de la cuve, vous verrez le volume nécessaire pour recouvrir un ou plusieurs films. Dans mon cas, il s’agissait de 375 cc. J’ai donc ajouté 400 ml de révélateur. Agitez la cuve en continu durant les trente premières secondes. Les cuves disposent généralement d’une petite tige permettant la rotation de la spire sur son axe. Agitez ensuite 10 secondes tous les minutes environ. Puis vous agiterez vigoureusement, plus vous aures des films contrastés.

Une fois le révélateur utilisé, il est soit jeté, soit récupéré dans son contenant selon les prescriptions du fabricant.

3- le bain d’arrêt

Videz la cuve et ajoutez maintenant le bain d’arrêt. Agitez pendant 30 secondes, puis une minute de temps de pose.

Le bain d’arrêt peut lui aussi être fabriqué maison. Pour le préparer, il suffit de diluer une quantité de vinaigre blanc avec trois portions d’eau. Le révélateur est une substance basique qui pourrait réagir avec le fixateur. Le rôle du bain d’arrêt est de préserver le fixateur, qui lui est acide.

4- le fixateur

Videz la cuve et ajoutez le fixateur. Le fixateur permet de stabiliser le négatif. La durée de fixage est généralement elle aussi indiquée sur l’emballage. Le temps est en général entre 5 et 10 minutes.

5- le rinçage

Le rinçage est très important et doit être efficace. En général le temps est le double de celui de la fixation. Pour cela faites couler abondamment de l’eau dans la cuve ou bien videz 4 à 5 fois la cuve après avoir agité environ 1 min à chaque fois.

6- l’agent de mouillage

L’agent de mouillage permet juste au négatif de sécher plus facilement sans avoir de traces d’eau. Une minute à agiter dans la cuve suffira

6- Verdict!

ça y est! J’ai ouvert la cuve et sorti délicatement le film de la spire. Les images sont bien apparues sur le négatif! Ouf! Je suis rassurée!😉

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noël

Maintenant comment transformer mes négatifs en positifs? J’écrirais certainement un nouvel article sur l’utilisation des scanners à négatifs. Cette fois, j’ai utilisé mon lomoscanner (qui laisse à désirer niveau résolution). Quelques retouches de contraste, luminosité sur Photoshop et voici le résultat dans ce diaporama!

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Vous remarquerez que les photos manquent de piqué. Pourquoi? Je suis à la recherche d’explications… le temps de développement? L’agitation de la cuve? Les dernières photos du film ont quelques petits soucis sur les bords : comme si il n’y avait pas eu assez de solutions pour qu’ils s’imprégnent. En attendant pour une première fois, c’est déjà pas mal!

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Conclusion : expérience que je conseille à tous les apprentis chimistes photographes. Cela ouvre de nouvelles perspectives, comme par exemple le fait d’économiser le prix des développements en magasin spécialisé. Vous pourrez également toucher à l’excentricité des film soup (mais avant le développement) sans vous facher avec votre labo photo et utiliser des films spécifiques comme les Films Washi W qui ne se développent pas en labo photo.

 

7 réflexions sur “Développer son premier film noir et blanc

  1. Chouette article !
    Je trouve pour ma part que développer soit même une pellicule noir & blanc est la chose la plus surprenante et géniale à faire
    Cela donne une dimension encore plus créative à la photo, un aboutissement plus jouissif que de faire imprimer une photo numérique en tout cas ça c’est sûr !

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