Mon afghan box ou kamra-e-faoree ou camera minutera


Ma malette magique chérie : la 67 de chez Street Box Camera

Connaissez-vous les afghan box ou kamra-e-faoree? Boîte en bois de la taille d’une petite valise cabine, confectionnée dans son garage ou par un artisan, les box de rue étonnent, subjuguent et s’immiscent dans le paysage argentique moderne. Peut-être en avez-vous déjà croisées sur les marchés cet été ? On les croit anciennes sans y associer franchement une année, une époque. On les imagine uniques, nées de l’imagination farfelue d’un bricoleur ou d’un savant. Résolument démago, insolites et globe-trotter. Hors norme. Carrément hippies. Elles ne laissent pas indifférent. Pourtant rien de plus simple qu’une boîte afghane. Ces mallettes magiques combinent appareil photo (ou plutôt chambre photographique) et chambre noire de développement. Une afghan box c’est une « camera-labo ». L’indispensable du photographe ambulant, du photographe de rue. Et tout un monde qui s’ouvre. Une boîte, du papier sensible, des produits de développement (révélateur et fixateur) et allons tirer le portrait des chalands ! Une street-box, c’est plein de contradictions. De la technique et de la persévérance, il en faut pour maîtriser le procédé ! De la magie aussi, un peu, de la poésie sûrement. En tout cas, une grande envie d’aller à la rencontre de l’autre, de celui qu’on croise dans la rue. De la chimie plein les doigts, mais des matériaux de récup’ pour pas polluer la planète. Des objectifs sérieux mais pas mal d’imprécisions dans la mise au point. Bienvenue dans le monde de la photographie de rue. Récit de mon dernier « crush ». Petite précision : les portraits que j’ai faits ont été pris en photo avec mon téléphone portable et ne rendent pas vraiment compte du piqué de l’image. 

(c) emmanuelligner.fr

 

L’appareil est constitué d’une simple boîte étanche à la lumière et d’un objectif voire parfois d’un simple trou type sténopé sur le devant de la boîte. La lumière est focalisée à l’intérieur de la chambre noire. Le papier est fixé sur une plaque de verre mobile qui permet de faire le point (un verre dépoli). Une fois le papier exposé, il est d’abord déposé dans le révélateur puis dans le fixateur situés dans deux bacs disposés à l’arrière de la chambre noire. Une fois le papier immergé dans le fixateur, la boîte peut être ouverte et le négatif de l’image sera visible. Ce négatif sera alors fixé en face de l’objectif et le même processus sera employé pour le photographier ce qui permettra d’obtenir finalement une image positive directement sur le papier photo.

Plus ici : Afghan Box Camera Project

 

Patrick Salètes « Les chambres de rue étaient utilisées par des photographes ambulants, souvent pauvres, qui opéraient sur les marchés, ou dans les foires. Elles leur permettaient de réaliser des épreuves immédiatement disponibles pour leurs clients en les développant en plein air, dans un petit laboratoire situé à l’intérieur de la chambre. Les photographes utilisaient aussi parfois la technique du ferrotype, positif direct, qui leur évitait de devoir faire le contretype du négatif. »

La première fois que j’ai entendu parler de ces mallettes magiques, je crois que c’était grâce à Philippe Dedryver qui venait de craquer. J’avais compris que c’était un procédé ancien, utilisé en Afrique mais aussi en Afghanistan à l’époque où les talibans interdisaient les photos. La boîte afghane utilisée par les photographes ambulants délivraient des photos d’identité en une quinzaine de minutes. Balèze quand même. Je n’y connaissais rien en chambre photographique (contrairement à Philippe) alors l’idée de m’en procurer une me paraissait vraiment fantasmagorique. Quand à la construire moi-même, même pas en rêve. Mais tellement attirant! Je percevais déjà le côté ludique et complet du procédé. Imaginez : du papier, un peu de chimie, de la dextérité et hop ! Des portraits à la chambre!

Street Photographer, Paghwan, Afghanistan 2003 (c) Patricia Monaco Photography

Par la suite, je suis tombée un peu par hasard sur le travail de Sébastien Bergeron, puis celui d’Adrien Tache, et enfin Bruzklyn Labz (Thibault Piel). Magie (pour une fois) des réseaux sociaux et des forums d’argenteux. Et je crois que c’est là, que j’ai réalisé. Je me suis rendue compte du pouvoir de ces grosses boîtes! La liberté qu’elles offrent. Se balader partout, recréer un lien avec les passants, leur parler argentique, expliquer comment ça marche, les séduire avec du grain et leur livrer un portrait unique, noir et blanc, organique, comme jamais ils n’auront avec leur smartphone! Ce décalage incroyable. En flânant dans les forums, j’ai vu ces portraits, ces magnifiques portraits et puis cet objet. Cet objet plein de charme : du bois brut, de l’artisanat et de la récup’. Alors j’ai forcément craqué!

©Sébastien Bergeron. Yela, Fana, Mali. 2014.

Comment ne pas être admiratif devant ce brin de folie des street boxeurs et street boxeuses? Prendre le contre-pied. Devenir un artiste de rue, qui fait tout avec ses mains. Rien besoin d’autre qu’une valise, une brosse à dents et une box? La liberté totale!

©Thibault Piel – Bruzklyn Labz

Street Box Camera ou l’histoire de la passion

STREET BOX CAMERA © Sacha Wewiorski

Sébastien Bergeron, parlons-en! Dans un forum, j’ai compris que cet artisan français des box était surtout un passionné de photo. Photographe moderne, ayant étudié la photographie digitale et tout le tralalala. En janvier 2011, il découvre la photographie de rue lors d’un voyage au Mali, avec Justine, une amie. Coup de foudre pour cette chambre de rue. Ils fabriqueront la leur, de mémoire, qu’ils appelleront « Chambre Issa », en hommage au photographe malien, Issa Samado, qui leur avait fait découvrir le procédé, et le charme de ce petit métier des rues.  Quelques années après, en 2014, Sébastien commence à construire des appareils pour le grand public. Une première box vendue, puis une deuxième… Le succès commence. On ne compte plus le nombre de street boxeur.euses qui détiennent une Street box Camera numérotée, unique, faite sur mesure par les mains de Sébastien.

Issa Samado, photographe de conte de fée / Issa Samado, fairy tales photographer. Polaroïd : Sebas Bergeron

Justine & Seb – Première sortie, à Auvers sur Oise, dans le champ aux corbeaux, peint par Van Gogh. 2011

Aujourd’hui, Sébastien et son entreprise Street Box Camera prennent un nouveau départ en Bretagne avec un atelier tout neuf. De nouvelles commandes, de nouveaux projets. Pour en savoir plus, retrouvez mon interview de Sébastien ici.

Le nouvel atelier de Street Box Camera ! Plancher en palettes pleines, double établi, nouvelles machines, grande (énorme !) table, et pleins de babioles que je traînais, qui ont enfin (re)trouvé leur rôle et leur place.

La numéro 67 dans ma vie

Et c’est en octobre 2018 que j’ai craqué! La N°67 était déjà fabriquée. Sur mesure comme les autres. Mais son papa n’a finalement pas voulu d’elle et Sébastien la proposait sur les réseaux. Un peu originale avec son manchon violet, elle me faisait de l’œil et puis elle était orpheline! Alors j’ai craqué. « Belle connerie » je me suis dit. 360 euros quand même. Je n’y connaissais rien en chambre et mes connaissances du papier sensible étaient limitées au sténopé. Me voilà avec ma grosse de 8 kg et en plus sans objectif ! Quelle galère…

STREET BOX CAMERA n°67. Date de fabrication : Juillet – Août 2018.

Pour photographe ambulant ou collectionneur. Format du négatif : 4 x 5 in. Le verre dépoli est monté sur un système rotatif, qui permet le choix du format « paysage » ou « portrait ». Taille de la box : environ 51 x 38 x 31 cm. Poids : environ 8 kg. Manchon en vrai tissu occultant (violet). Sur une des faces, se trouve un tableau noir pour pouvoir écrire à la craie, ainsi qu’un crochet servant de porte-serviette (très pratique, lorsque vous travaillez dans les rues). Chaque camera box est vendue avec son support de reproduction, pour réaliser le positif. Vendue sans objectif.

Quand j’ai déballé le paquet, elle m’a lancé son filtre d’amour. Ce qui m’a frappé c’est son odeur! Son odeur de bois brut! Quel bel objet. Bien fabriqué et avec tout plein de détails. Sur les photos, vous pouvez déjà distinguer : la petite accroche pour poser le chapeau (qui sert de bouchon d’objectif), la boîte à cigares pour placer son papier sensible dans le noir, le tableau à craie, toutes ces petites pointes dorées, les petits boutons de porte … un régal!

Ensuite, il m’a fallu trouver un objectif. Sur les conseils de Sébastien (très disponible et sympathique), je me suis trouvé un objectif d’agrandisseur d’occasion (donc sans obturateur-déclencheur). Moins cher et plus solide. Je me suis dit que je viendrais plus tard à quelque chose de plus perfectionné et plus cher! Un Schneider Kreuznach 150 mm f/5.6 (100 euros chez Odéon Occasion, à Beaumarchais). Il me fallait aussi la petite plaque pour le placer dessus (40 euros chez le spécialiste du grand format juste en face).

Les premiers essais

C’est non sans une trouille monstrueuse que j’ai effectué mes premiers essais sur mon balcon. Le développement je l’ai d’abord fait dans ma salle de bain en lumière LED rouge. Step by step, comme dirait l’autre. Papier positif. Pour la toute toute première fois, deux peluches ont fait l’affaire : au moins, ça bouge pas. Premier constat : l’image est incroyablement net.

Coco et Léo en mode mannequinat

Premier essai ! Fait 5°C dehors, je suis une chochotte, j’ai fermé la fenêtre et alors ?

OMG : ça a marché !

Premier résultat ! Mais matez moi ce flou artistique derrière !

Ensuite, j’ai demandé à mon mannequin favori (le vrai, pas Coco et Léo) de poser pour moi! Une émotion de dingue m’a envahie quand j’ai vu la qualité des détails, du grain, du bokhé! Bien-sûr que ce n’est pas le portrait de l’année. Mais franchement pour le seulement 3ème essai, j’ai trouvé ça réussi.

13 secondes à f/5.6

C’est finalement chez mes cousines, que j’ai enfin sorti mémère hors de la maison… J’ai juste préparé deux solutions (révélateur et fixateur) dans des boîtes alimentaires en PP, un torchon et un trépied et nous voilà en vadrouille. J’ai commencé à comprendre que le temps d’expo, c’était pas facile à cerner, surtout avec du papier positif…

8 secondes à f/5.6 (nuageux novembre 2018)

8 secondes à f/5.6 (nuageux novembre 2018)

Mais je ne suis pas arrêtée pour autant. Afin de maîtriser mes temps d’expo et de continuer de m’entraîner, j’ai approfondi toute seule! Ahah! Non que le selfie, ou égoportrait, comme dirait les québécois, me passionne, mais ça permet quand même de s’entrainer une journée entière sans casser les pieds de ses proches. 🙂

Mieux non ?

J’ai également expérimenté le développement avec du caffénol pour des rendus sépia. Pas mal dans ma salle de bain. Même si des temps de développement assez longs. Pas très pratiques donc pour la box. Cet hiver, j’ai même essayé le caffénol par 10°C dehors avec une solution faite la veille. Première déception : aucun résultat! mais alors aucun! J’ai attribué ça à la température et à la fraîcheur du bain. Le caffénol doit être utilisé frais! 24h et cela ne fonctionne plus. La solution ne se garde vraiment pas, même si elle est moins toxique. Déçue, j’ai continué de tester ma box en l’utilisant uniquement comme chambre photographique pendant un moment (la petite joueuse) , me servant de ma salle de bain à 21°C pour développer. 

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Et puis j’ai voulu réessayer avec un révélateur Ilford. J’ai testé à Saint Malo, en plein hiver par 5°C. Je me suis contentée d’enchaîner 5 clichés et de conserver les trois photos jusqu’à mon arrivée à Paris pour les développer. Et malheur : les résultats étaient catastrophiques. Aucun contraste. Je pourrais même pas vous dire si elles étaient sous-ex ou sur-ex. Problème quand même assez chronique, disons le. Un coup des belles photos pleines de contraste et un coup toutes grises… A ce moment là, je me suis quand même dit que je n’aurai pas dû attendre de les développer chez moi. 

Et puis finalement, je me suis enfin lancée dans le développement du papier positif dans la boîte, et pas dans ma salle de bain. Le grand saut! Il faut dire que les températures sont remontées. J’ai même résolu mes problèmes de contraste qui venait en fait d’un petit jeu que j’avais entre mon objectif et ma box. Un coup de tournevis et c’était réglé. Youpi ! 

Je me suis trouvée des emballages plastiques alimentaires qui se vissent, bien hermétiques. Je manipule avec des gants pour ne pas tremper mes doigts dans les solutions et j’ai toujours un chiffon pour égoutter mes gants. Et voilà les résultats! AAAAAHHHHH du contraste et enfin dehors! 61063806_2414543578777567_1636038384046571520_n61163208_2414543668777558_7833928074826612736_n

BILAN

Cela fait maintenant presqu’un an que la n°67 fait partie de ma vie. Si je vous conseillerai de vous lancer? Bien entendu et sans hésiter! Les chambres photographiques itinérantes sont vraiment magiques. D’abord parce qu’elles vous permettent de créer des souvenirs uniques : le moment que vous avez passé avec vos modèles (à leur expliquer comment cela fonctionne), l’objet en lui-même avec ses imperfections fabriqué avec vos petites mains et puis la qualité de la photo (si si). Chacun a ses petites techniques, ses petites manies. Quand on rencontre un autre afghan boxeur, on discute et on s’observe. On pique des astuces! C’était mon cas quand on j’ai rencontré Thibaut Piel de chez Bruzklyn Lab, à un concours photo organisé par Nation Photo. Il utilise un petit postiche chignon en plastique en forme de donut pour mettre son œil et j’ai trouvé ça très malin.

Cet été, j’ai décidé d’emmener la mallette magique avec moi dans mon tour de France de la famille et des copains, et de faire au minimum un portrait par jour. Lille, Cambrai, Annecy, Calvi, Calenzana, Marseille, Rocamadour : elle aura vu du pays sur ses petites roues de cabat! J’avais tout prévu. Un trépied, des gants en latex, deux solutions : révélateurs et fixateur, un chiffon pour essuyer mes bacs lorsque quelques gouttes s’échappent, mon donut, une lampe torche LED rouge (achetée sur Amazon dans le matériel des chasseurs), du papier direct positif 4X5, du scotch noir pour être sûr de ne pas avoir de fuites de lumière, un tissu noir pour mettre sur ma tête et bien faire le point, un tablier et voilà !

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En route pour les vacances !

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En pleine forêt picarde

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premier stop à Lille

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deuxième stop à Cambrai

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La grosse en Corse

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La famille marseillaise

Aller plus loin :

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4 commentaires

  1. Bonjour,
    Après quelques mois d’utilisation.. comment avance la prise en main ?
    🙂
    En construire une vs. en commander une à Sébastien…mon coeur balance mais elles sont tellement belles les siennes !

    • Bonjour Guillaume! La prise en main est maintenant ok. Plus d’hésitation! J’ai testé le caffenol aussi. La prochaine étape va être l’acquisition d’un nouvel objectif avec obturateur car avec les beaux jours des temps supérieurs à une seconde sont trop longs même avec du papier positif ;). Assurément je te conseillerai de te laisser tenter! 😉

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