Do It Yourself

Transfert de photos Polaroid sur support

Transfert d’émulsion : photo polaroid monochrome 600

Plus que la photo, vous aimez créer des œuvres en jouant avec les textures de la matière? Cette technique est faite pour vous! Il s’agit du transfert d’émulsion de photos instantanées sur un support. Quésako? C’est très simple! Nous avions vu ensemble qu’une photo polaroid est en fait constituée de plusieurs couches : un négatif et un positif. Prenez une photo avec votre appareil photo instantané Polaroïd. Ancien ou nouveau, peu importe. Nous allons voir comment démonter cette photo en découpant le cadre blanc pour en récupérer le positif (la gélatine) et le négatif. Une fois la gélatine récupérée, nous allons pouvoir la déposer sur n’importe quel support : papier, céramique, tissu, verre, plastiques … ! Cette technique maîtrisée, les possibilités sont infinies : vous pourrez ensuite assembler des mosaïques en transférant plusieurs photos, les superposer, étirer les émulsions, faire gondoler les bords, les déchirer … Suivez-moi!

Comment ça marche? 

Modèle Polaroid SX-70

Modèle Impulse AF

Lorsque vous appuyez sur le déclencheur de votre Pola, que ce soit un nouveau ou un ancien, le négatif prend la lumière à travers l’objectif le temps de l’obturation. La photo sort et des petites roues écrasent le réservoir de chimie qui se trouve en bas de la photo. Les produits de développement se répandent entre le négatif et le plastique et une couche intermédiaire entre le négatif et le positif se crée par précipitation (un dépôt blanc). Déjà en 1951, cela fonctionnait comme ça! La photo en image positive apparaît tout doucement, à condition que vous ne l’agitiez pas et que vous la gardiez environ 5 min dans le noir. Avec le temps les produits chimiques vont continuer de changer les couleurs de la photo. Pour la stabiliser il vous faudra couper le haut de la photo, qui contient les produits.

Après avoir fait faillite et démantelé presque toutes ses usines, Polaroid a fait une renaissance à travers la société Impossible Project. Il a fallu du temps pour que la technologie et la chimie redeviennent optimales. En 2017, Impossible Project devient Polaroid Originals et de nouveaux appareils instantanés plus performants voient le jour! La guerre fait rage entre Fuji et Pola, mais le transfert d’émulsion, quant à lui, n’est possible qu’avec des émulsions polaroid, c’est ce que nous allons voir plus loin.

Interview de Marjolaine VUARNESSON

Merci Marjolaine, d’avoir accepté de répondre à mes questions! Photographe autodidacte, Marjolaine a démarré son activité artistique en 1994. Elle utilise des appareils argentiques (mais aussi des numériques) Canon, Mamiya et Polaroïd. Le transfert de polaroid est en ce moment au cœur de son oeuvre d’artiste-photographe. Ses séries Dream’s city, Lost City, Monuments et Mise à nu nous montrent à quel point cette technique est créative. C’est aux apéros rencontres argentiques, que j’ai fait sa connaissance. Nous avions même eu droit à une photo de groupe instantanée avec son SX-70! Mais cette année, nous avons surtout pu l’écouter sur sa pratique de la photographie instantanée au Salon de la Photo, Parc des expositions, Porte de Versailles à Paris, sur le stand de Compétence Photo mais aussi à l’espace argentique organisé par Dans Ta Cuve. J’ai appris grâce à elle la technique du transfert (mille mercis) mais aussi qu’il est plus facile de transférer du noir et blanc que de la couleur, et qu’en général les instantanés de la marque Polaroid sont plus simples à transférer que les Fuji (impossible, voir plus bas). Découvrez toutes ses œuvres sur son site et ses actualités sur son Facebook

Transferts d’émulsion montrés au Salon de la Photo 2018

Transfert d’émulsions couleurs (c) Marjolaine Vuarnesson

Comment as-tu pris connaissance de ce procédé de transfert d’émulsion des photos instantanées? 
J’ai réalisé ma première série polaroid lors d’Expolaroid 2016 (suivez la version 2018 ici) qui s’intitule « Déchirures ». Elle est entièrement réalisée en transfert d’émulsion. Je crois que c’est en parcourant les réseaux sociaux que j’ai eu connaissance de cette technique. A l’époque, je venais d’exposer 20 ans de démarche artistique à la Galerie Rastoll, dans le marais, et notamment des dessins réalisé au fusain sur papier Canson, cela m’est apparu comme une évidence, comme une suite logique, un lien avec mon travail d’avant. De plus, la série étant une réflexion sur le temps qui passe, sur la fragilité du support, le transfert m’a permis de déchirer volontairement la gélatine par endroit.

Marjolaine transfère l’émulsion (c) Marjolaine Vuarnesson

Comment procèdes-tu ? Est-ce que tu fais des clichés dans le but de les transférer ou plutôt tu décides que certaines photos que tu as faites seraient magnifiées par transfert?  
J’ai tendance à réfléchir à mon travail avant de le réaliser, voir même faire des croquis. Les photographies que je transfère sont donc réalisées dans ce but. Il m’arrive bien-sûr de faire des essais sur des photographies qui n’étaient pas forcément destinées au transfert, mais cette technique étant de plus en plus difficile à réaliser avec les nouvelles chimies, je dirais qu’il vaut mieux savoir si on va réaliser un transfert d’émulsion avant de réaliser la photo.

Première série polaroid lors d’Expolaroid 2016 appelée « Déchirures » (c) Marjolaine Vuarnesson

Quel est le plus grand collage que tu aies fait? N’y a-t-il pas un peu de stress lié au nombre de transferts? 
J’ai pour le moment réalisé des compositions d’image avec 12 polaroids. Le plus gros stress, c’est de réussir à réaliser tous les transferts sans trop de déchirures de la gélatine. De plus, avec les nouvelles chimies, il faut un temps assez court entre la prise de vue et le transfert (24h environ) sinon le transfert devient difficile.

Rosée (c) Marjolaine Vuarnesson

Quels sont tes actualités/tes prochains projets? 
Je suis en pleine préparation d’un livre sur la photographie instantanée en partenariat avec le magazine Compétence Photo.
Et toujours plein d’idées en tête pour continuer à explorer les possibilités créatives du polaroid.

« Dream City » constitué de 6 photos (c) Marjolaine Vuarnesson

Résultats incroyables ! (c) Marjolaine Vuarnesson

 

Allons-y !

Munisssez-vous du matériel suivant : 

  • une bouilloire pour chauffer de l’eau
  • une cuvette pour mettre l’eau et faire barboter le négatif
  • un pinceau à poils souples
  • votre photo datant de maximum 24h et plutôt noie et blanc
  • une paire de ciseaux
  • un support sur lequel transférer que vous allez humidifier

1 – Préparation de la photo 

La première chose à faire, c’est de prendre une photo! Pour cela choisissez obligatoirement un appareil de la marque polaroid : du plus vieux au plus jeune. SX-70, AF Impulse ou Sonar, One Step, One Step 2, One Step + : tout est possible! Réalisez le transfert sur une photo de préférence fraîche : 24h maximum. Dans le cas contraire, la gélatine durcit et il sera beaucoup plus difficile de réaliser le transfert. Le noir et blanc est plus facile à décoller que les couleurs, sachez le.

Mon choix de photo noir et blanc film 600

Maintenant il va falloir découper notre photo pour enlever le cadre blanc et la chimie qui se trouve dans la petite poche en bas et celle en haut ! Paire de ciseaux …

Séance découpage

La photo est prête

2 – Préparation du bain et ramollissement de la gélatine

Prenez une bassine, un bol, une cuvette et remplissez d’eau bien chaude. Entre 70 et 80°C sera la température parfaite pour bien décoller mais sans abîmer votre gélatine. Laissez tremper quelques minutes votre photo dedans dans le bain.

Photo découpée qui trempe dans l’eau chaude

Une fois les quelques minutes écoulées il va falloir décoller le film plastique rigide avec la gélatine qui se trouvent sur la face avant de votre photo. A l’arrière, en noir, il s’agit de votre négatif.

Votre photo est constituée comme suit : négatif + précipité blanc + gélatine positive + film plastique protecteur rigide.

L’idée, c’est de délicatement séparer ces couches en deux, et si possible sans trop entraîner le précipité blanc qui laissera des résidus solides blancs partout. Enlevons donc ce film plastique d’abord. La gélatine devrait rester collée dessus. Dans le cas contraire, si vous arrivez à n’enlever que le plastique, nous décollerons au pinceau la gélatine du précipité.

Séparation de la partie plastique + gélatine de la partie négatif + précipité

Pour les photos couleurs ou si votre eau n’est pas assez chaude, le plastique se décolle bien de la gélatine et vous vous retrouvez avec la configuration inverse : la gélatine reste collée au précipité (photo ci-dessous). Dans ce cas, il faudra utiliser le pinceau pour les séparer.

Séparation de la partie plastique du reste de la photo

Ensuite, la gélatine va commencer à gondoler sur la partie blanche. Attendez assez longtemps pour qu’elle se décolle toute celle. Car sinon, avec le pinceau, vous risquez d’entraîner la partie blanche avec vous. Sur la photo suivante, on voit bien que la poudre blanche commence à partir.

La gélatine gondole

Sortez le plastique et essuyez-le. Il doit être recouvert d’une pellicule un peu collante. C’est cette couche adhésive qui maintient la gélatine en place.

3) Récupération de la gélatine

Maintenant armez vous de la plus grande des délicatesses et de patience! Le film plastique et la gélatine sont séparés du négatif et du précipité. Ou bien, cas inverse, votre gélatine gondole sur le précipité. Vous pouvez sortir du bain le négatif et son résidu blanc dans le premier cas (le plus simple). Ne le jetez pas, il peut vous servir! Laissez encore un peu tremper le plastique et la gélatine dans l’eau bien chaude. La gélatine devrait commencer à se ramollir et à se décoller toute seule formant un peu des bosses. Elle va prendre l’apparence d’une algue qui s’agite dans l’eau. Pour l’aider, rajoutez de l’eau bien chaude ou bien faites des petits mouvement de balancement avec votre bain. Voilà la gélatine qui gondole et se décolle toute seule.

La gélatine commence à gondoler

La gélatine commence à gondoler

Si ce n’est pas le cas, aidez-vous avec votre pinceau mais très délicatement. Dans le cas des photos couleurs, il faudra vraiment utiliser le pinceau. L’opération délicate consistera à ne pas trop répandre de poudre blanche partout! Sinon c’est la cata, comme ci-dessous, l’arrière de votre gélatine sera recouverte de poudre blanche. Le mieux, c’est d’attendre qu’elle se décolle bien avant de forcer avec le pinceau.

Précipité blanc à l’arrière de votre gélatine couleur

Maintenant, il est temps d’enlever le film plastique de la gélatine ou bien l’arrière de la gélatine. Sortez le plastique, si ce n’est pas déjà fait et essuyez-le. Une fois nettoyé, nous allons nous en resservir pour déplacer la gélatine du bain vers notre papier. Sans le plastique, la gélatine nage comme une algue dans le bain. Attention, elle est très fragile et il est facile de la déchirer!

La gélatine seule dans le bain

4) Transfert de la gélatine au support

Le moment le plus stressant est arrivé ! Il va falloir tout doucement avec les doigts, dépliez la gélatine dans l’eau si elle s’est repliée sur elle-même. Une fois dépliée, utilisez le film plastique pour la maintenir bien étalée dessus. Attention, les coins du film plastique sont pointus et peuvent malencontreusement la couper ou la déchirer. Une fois bien étalée comme sur un plateau, vous allez pouvoir la sortir de l’eau !

Sortons la gélatine de l’eau

Préparez votre feuille de papier Canson, carton ou support en l’humidifiant légèrement avec le pinceau. Plaquez maintenant votre plastique et très délicatement enlevez-le de la feuille. Vous pourrez ensuite, si votre papier est suffisamment humide, replacez les bords et les coins avec le pinceau.

On enlève le plastique sans déchirer (si possible) : c’est loupé ici !

Vous pouvez choisir de déchirer les bords, de faire des « petits boudins », laissez libre court à votre imagination !

Bonus : on récapitule ! 

Marjolaine vous montre en version accélérée 😉 Merci à elle! 🙂

 

5) Et voilà le résultat !

Bon ok, je n’ai pas le talent de Marjolaine, c’est certain! 😀

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Et pourquoi cela ne fonctionne pas avec les films Fuji? Et bien tout simplement car ce n’est pas la même technologie du tout! Résultat, si vous essayez, vous obtiendrez ça : de l’encre noir partout… Et même pas de négatif à récupérer !

 

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